mercredi 10 janvier 2007

2- Refuser de singer les valides

Comme ces jeunes sourds à qui on attachait les mains dans le dos pour ne pas parler la langue des signes, refusons de singer les valides. Les valides ont beaucoup à apprendre de notre culture handicapée, de notre communication, de notre humour. Plus l'État appauvrira les citoyens handicapés, plus vite se reconstitueront les cours des miracles de jadis où le système-D et le brigandage étaient les seules solutions pour survivre. Handicap-city est une régression qui conduit au ghetto et peut-être aussi à l'eugénisme.

Ghettos, eugénisme ? Ne va-t-on pas un peu loin ? Les associations d'handicapés ont récemment interpellé le gouvernement sur cette question : en autorisant les DPI (Diagnostics Pré-Implantatoires) en cas de PMA (Procréation Médicalement Assistée), ne risque-t-on pas à terme de faire de la naissance d'un enfant handicapé un accident de la médecine ? Une erreur scientifique ? Lorsqu'une mère qui a un trisomique traîne au tribunal son médecin « pour ne pas l'avoir décelé durant la grossesse », n'y a-t-il pas en germe un eugénisme officiel ? Les progrès médicaux doivent bénéficier à tous, mais d'abord aux malades.

S'il est bon que la médecine guérisse, est-il acceptable qu'elle se débarrasse de la maladie en se débarrassant du malade ? Les DPI sont souvent pratiquées par des médecins qui croient bien faire en « aidant » les familles… Cette fausse bonne volonté est perverse pour le peuple handicapé.

Se forger une opinion sur la base de propos affectifs fausse notre regard sur l'homme, sur son existence, sur la dignité de la vie humaine. Ce n'est pas en manipulant l'opinion publique sur la souffrance d'un enfant que l'on trouve un argument pour le laisser mourir comme le propose le sénateur Caillavet. Pourquoi n'explique-t-on pas aux jeunes myopathes présents sur les plateaux de télévision qu'ils sont les survivants de la science et qu'ils ne doivent leur vie que grâce à l'absence d'amnio-synthèse ? Il ne s'agit pas de juger les parents (qui aurait cette prétention ?) mais de constater que la vie peut aussi être belle, même lorsqu'on est vieux, malade ou handicapé.

Si les jeunes handicapés coûtent chers à la société… une société sans cœur et sans âme coûte encore plus cher. Au fait, combien coûte un DPI ?

Grand anthropologue R.Murphy écrivait : « l'idée qu'il vaut mieux être mort qu'invalide n'est rien de moins que l'ultime calomnie infligée aux handicapés physiques, car elle remet en question la valeur de leur vie et leur droit même à l'existence ».

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