Le développement des technologies multimédias et de l'informatique doivent nous aider à créer une civilisation moins austère et plus imaginative. De ce point de vue les non-valides peuvent aider les valides à mieux vivre au quotidien. Les télécommandes pour la télé, c'est nous qui les avons démocratisées. Parce que nous ne voulons pas garder la richesse de notre culture handicapée pour nous, il est urgent d'intégrer les valides, ils ont besoin de sortir de leur ghetto intellectuel, psychologique et social. Les transports collectifs de petite taille sont mieux acceptés par le public, la domotique est l'avenir du bâtiment et des économies d'énergie, l'ergonomie électronique et certaines formes de télétravail ouvrent de nouvelles perspectives économiques et politiques.
La dépendance des polyhandicapés est réductible même si les progrès médicaux sont limités. Le handicap est surtout social. Architectures mal pensées, transports inaccessibles, informatique mal utilisée, misère des aides sociales, coût prohibitif du matériel, notre avenir dépend des valides. Notre espérance est celle-là, nous devons commencer par intégrer les valides. Personne ne peut se résoudre à vivre diminué dans son corps. Qui peut s'habituer à ne pas être indépendant ? Qui peut s'habituer à ne parler que par gestes, saluer son voisin en lui défonçant les mollets avec son fauteuil, uriner par sonde, respirer par trachéotomie, agiter la main comme un naufragé devant l'hygiaphone d'une administration, faire sa toilette intime par un inconnu, rouler sur de la moquette comme dans du sable ? Les invalides ne sont pas des masos. Ils vivent pourtant dans une jungle administrative. La dépendance d'un être par rapport à un autre peut être pourtant l'occasion formidable de vivre une relation humaine riche et profonde.
La communication est une affaire d'imagination. L'homme immobile redécouvre la magie d'un regard, un aveugle redécouvre la féerie des sons. Un sourd invente un signe. Un hémiplégique une larme ou un sourire. Si la dépendance reste une souffrance et une grande pauvreté, surtout lorsqu'elle dure le temps d'une vie, l'homme a une capacité phénoménale d'adaptation à son milieu. Il faut intégrer les valides à ce mode de vie créatif, écologique et communicationnel. Les gestes simples sont beaux. La vie est intense quand on ne court pas dans tous les sens. L'invalide a su développer une capacité de réflexion, de poésie, d'imagination que son immobilité lui offre. L'invalide vit les humanités supérieures car son corps n'est pas une idole ou un obstacle pour découvrir l'espace intérieur.
Beethoven est un génie pendant sa surdité. Roosevelt innove en matière sociale avec ses béquilles. Hawking découvre l'univers dans son silence. Loin d'être une personne diminuée, la personne handicapée intègre de nouveaux repères pour vivre autrement.
La vie, le bonheur, la citoyenneté, ne se résument pas à une activité sportive, un look BCBG, des vacances au Club Med, le bronzage… valeurs pas moins stupides que le dialogue informatique, la danse sur fauteuil, le pilotage d'avion pour aveugle. Les accidentés de la vie ne sont pas des « has been » qui doivent vivre dans la nostalgie du « bon vieux temps » où on était valide. Une catastrophe physique n'est pas la fin d'une vie mais un nouveau départ. Tel un stagiaire qui doit apprendre à travailler sur un nouvel outil (son corps), il faut faire preuve d'imagination pour adopter de nouveaux repères. Être le pionnier d'une aventure où la volonté doit maîtriser le corps exige un cheminement, un « deuil » de sa vie passée. Il faut avoir cheminé de longues années pour l'accepter sans se scandaliser.
mercredi 10 janvier 2007
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