mercredi 10 janvier 2007

Épilogue

Ce Manifeste lance des pistes de réflexion sociale, politique, culturelle, médicale. Il n'est qu'un aperçu d'une nouvelle façon d'envisager la vie. Mieux vaut prévoir que réparer. Mieux vaut former qu'assister. Mieux vaut les soins-nomades que le système asilaire. Si les relations entre valides et non-valides sont trop souvent tendues, embarrassées, maladroites, polluées rituellement à cause d'une pseudo-normalité, il est temps de réinventer la fraternité.

Un magasin style IKEA qui met des fauteuils roulants à disposition de ses clients, une maison de plain-pied, une promenade sans voiture, un feu sonore pour aveugle, des cheminements interactifs sont des signes d'espoir. Grâce aux progrès de la médecine et de l'informatique, les personnes handicapées sont de plus en plus formées et conscientes de leur marginalité. Valides et non valides doivent, pendant qu'il en est encore temps, inventer un nouvel art de vivre respectueux de tous. Une mairie non accessible ou un bus non adapté, c'est de la démocratie en moins pour tous. Le XXIe siècle sera qualitatif ou ne sera pas. Nos projets ne sont pas utopistes, les pays scandinaves les appliquent déjà, mais réalistes. La France a accumulé un certain retard. Entre « handicap-city » et l'égalité des citoyens, elle n'a pas encore fait le choix. Le combat pour l'espérance a déjà commencé.

Avant de se demander si la mort est préférable au handicap, le valide qui rejoint brutalement le peuple des handicapés après un accident doit d'abord se demander en quoi consiste la vie. Le handicap fait plus mal à cause de l'ordre social qu'à cause de la blessure physique. Le fait de poser un problème à l'ordre social est une occasion fantastique d'agir. Notre société, obsédée par le culte du corps et de la santé, a besoin de relever un autre défi, celui de citoyenneté. Si nous acceptons notre condition physique, nous refusons une condition sociale que la société peut changer. Condescendances, fuites et dédains ne sont pas des fatalités. Nous sommes les acteurs d'un monde qui change. Nous militons pour la vie et la dignité. Ouvrons des brèches dans la société des valides.

Robert Murphy, sur son lit d'immobilité, écrivait : « Frayons-nous un chemin dans la société qui doute de notre humanité. Repoussons les limites qui nous sont fixées. Brisons les structures imposées à notre identité ».

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