Entre des administrations handicapées et des handicapés administratifs, il existe une autre voie. Nous pensons, en effet, que la France peut créer un Conseil National des Handicapés sur le modèle scandinave. Demandons à nos députés de constituer une commission d'enquête sur cette question. Une assemblée consultative des 3,5 millions d'handicapés français serait à la fois une tribune et un lieu de réflexion pour une société en panne d'idées. Ce grand forum d'échange ne serait pas monopolisé par les grandes associations subventionnées, mais ouvert de droit à 100 représentants départementaux des citoyens titulaires d'une carte d'invalidité d'au moins 80 %, élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours organisé tous les deux ans par correspondance. Elle serait le souffle d'imagination d'une société qui croit en l'intégration et qui accepterait les remarques et les suggestions exprimées par le Conseil. Ce Conseil, dont le président serait élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours et qui assumerait la responsabilité de la rédaction de l'ordre du jour, tiendrait une session annuelle, étudierait les nouvelles lois votées par le parlement et donnerait un avis sur leur application. Chaque année ce Conseil national publierait un rapport appréciant l'application des mesures gouvernementales. Un challenge d'idées serait financé par l'argent versé par les entreprises à l'Agefiph. Une véritable concertation et une véritable représentativité des handicapés stimuleraient le débat d'idées. Une publication annuelle d'un document serait obligatoire. Le Conseil pourrait consulter librement le Conseil économique et social.
Nous plaidons pour une société généreuse, imaginative et intelligente. Nous militons pour l'accessibilité des villes, l'individualisation des aides, l'humanisation de la santé et de l'éducation nationale. Gweenplaine, le héros handicapé de Hugo, nous rappelle que les lois ne sont pas les mêmes pour tous et que la société d'aujourd'hui, malgré bien des apparences, ressemble à la vieille société victorienne du siècle dernier. Refoulés par les assurances, mal acceptés par les voisins de palier, dévisagés sur les plages, montrés du doigt en stage, en finirons-nous jamais d'osciller entre pitié et charité ? Nos cinémas sont toujours aussi hauts que l'Everest et nos vies sont des expéditions sans sherpas ni caméras. Si les handicapés sont des aventuriers, qui sponsorisera notre épopée ?
La France peut redevenir le pays d'avant-garde sociale de toutes les nations occidentales. C'est sur notre volonté de vivre ensemble que l'on jugera la France de l'an 2000. Futurs accidentés de la route, mamans enceintes, personnes âgées, savez-vous que les handicapés agissent chaque jour pour vous en pionniers ? Chaque plan incliné, chaque immeuble de plain-pied, chaque gare aménagée est déjà pour vous un peu plus de liberté.
Un jour, on s'apercevra que les maisons avec des escaliers étaient des prisons pour les vieux, que l'oralisation n'est qu'une forme pauvre de communication, que l'espace intérieur définit plus l'homme que son look, que l'homme possède des capacités sous-utilisées. Ce jour-là, les valides vivront mieux. En attendant ce jour, le peuple des handicapés a la responsabilité d'éduquer nos frères valides à une autre civilisation communicationnelle. L'architecture, l'informatique, la qualité de la vie, le dialogue contribuent à aider les hommes à mieux vivre ensemble.
mercredi 10 janvier 2007
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